"Ne te retourne pas"... Un mélo interminable aux accents monstrueux, gâchis complet qui exploite mal deux actrices talentueuses

Publié le par Josée - Vampirella Orasul

Ne te retourne pas, France, 2007, 1h51
Thriller, de Marina De Van
Avec Sophie Marceau, Monica Bellucci, Brigitte Catillon
Date de sortie : 03 juin 2009
Distribué par : Wild Bunch Distribution
2 étoiles



Incursion dans le domaine du fantastique qui repose sur des bases fragiles avec des effets spéciaux malades répugnants plus qu'angoissants

Marina De Van, après Dans ma peau, signe une tentative de film qui tente une incursion dans le domaine du fantastique en ne réussissant pas à convaincre. La réalisation sans énergie, les dialogueq plats qui posent des questions plus qu'ils expliquent et le rythme brisé par de nombreux temps (complètement) morts en font un film d'une longueur interminable pour son peu de substance. L'intrigue compliquée, mais sans aucune tension, révèle un dénouement léger : le mystère s'est évaporé bien vite.

Le mystère n'accroche pas car il semble être question au début d'une histoire plutôt intimiste sur les malheurs d'une femme à qui tout semble avoir réussi mais qui ressent un grand vide, ce qui est le cas d'un certain nombre de femmes modernes prises entre leur carrière et leur vie de famille.  Pour ce registre, Sophie Marceau se débrouille très bien comme à son habitude, ce qu'on avait pu constater dans le film LOL où elle montrait un personnage crédible de mère moderne.

Ne te retourne pas, malgré le titre évocateur et mystérieux, et l'affiche séduisante, ne répond pas aux attentes qu'on aurait pu avoir. Il ne présente pas d'emblée son intention d'amener plus loin que la réalité de tous les jours puisqu'il insiste lourdement sur le mal-être de cette femme au début de la quarantaine, qui ne sait plus où elle en est dans la vie et donc l'équilibre mental devient fragile. Cette fois, il n'est pas question d'auto-mutilation physique mais d'une sorte de miroir psychologique à l'intérieur, qui se brise en mille morceaux, ce qui crée autant de dommages, sinon plus. La relation équivoque entre les deux femmes fait penser à Je te mangerais, un film qui s'en tient à un réalisme bien banal. Ainsi, l'intrigue aurait pu être crédible si elle s'était contentée d'en rester au registre réaliste dans un drame psychologique.

La deuxième partie se déroule en Italie avec Monica Belucci, plus crédible dans le registre fantastique, telle qu'on l'avait vue en beauté sombre et sulfureuse dans Dracula. L'Italie se prête mieux au rêve fantastique où tout peut arriver, avec sa nature sauvage et son monde de fêtes nocturnes.

Le fantastique, comme le voyait Henry James dans Le tour d'écou, doit se révéler peu à peu et soulever l'esprit pour l'emporter dans son mystère. Ici, les effets de morphing qui peuvent simuler le vieillissement d'une personne comme on l'a vu dans le film Titanic, par exemple) qui montrent des changements de visage soudains, ne reposent sur rien, et le fantastique devient ridicule et assez monstrueux s'il est mal expliqué. La réalisatrice a confondu fantastique et science-fiction dans un mélange qui devient légèrement répugnant plus qu'angoissant. Les effets spéciaux, bien que réussis du point de vue technique, surgissent dans un univers absolument terre-à-terre et semblent tout à fait déplacés. Ainsi, au lieu de fasciner, ils rendent mal à l'aise, et on ne peut pas passer outre puisque tout le film repose sur ces effets spéciaux. Il y a au centre de ce film une héroïne qui n'a pas de visage défini mais l'on finit aussi par croire que ce film n'a ni queue, ni tête.

Un autre film qui confirme que le cinéma fantastique n'est peut-être pas la grande spécialité du cinéma français. Le même malaise envers la maternité et l'enfance était évoqué avec plus ou moins de brio dans Saint-Ange, un autre film qui ne donnait pas envie d'y retourner.

Au final, un film hybride qui, comme son héroïne, a du mal à se situer, comme pris d'un mal de mer qui donnerait une légère nausée, et qui exploite mal le talent de ses deux actrices au fort potentiel.
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Publié dans Critiques de films

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