Les films qui ont marqué ma vie : On the road : la rétrospective seventies à la Filmothèque - "Jeremiah Johnson"
Le réalisateur Sydney Pollack semble avoir mis toute son âme dans la réalisation de ce film grandiose, qui résonne comme "L'appel de la forêt" de Jack London. Ce western écologique écrit par John Milius et Edward Anhalt d'après des romans de Vardis Fisher et Raymond V. Throp, se passe dans les années 1850.
Jeremiah Johnson (Robert Redford), militaire démobilisé, décide de fuir la violence du monde civilisé, pour se reconvertir en trappeur dans les montagnes Rocheuses. Mal préparé à la vie à la dure, il connaît des débuts très difficiles, dans un environnement hostile, jusqu'au jour où il rencontre Griffes d'Ours (Will Geer), un vieux chasseur de grizzlis qui lui enseigne le métier de trappeur et les coutumes indiennes.
Cette réalisation inspirée n'a vraiment pas froid aux yeux et prouve que le western n'est pas mort. On y représente bien une portion importante de l'Histoire des Etats-Unis : les premiers colons qui oont eu le courage d'essayer d'aller vivre dans des contrées sauvages au péril de leur vie. Mais ce que l'on apprécie surtout de ce film est la vision personnelle insufflée par Pollack : dans l'Histoire, il y a toute une histoire, celle d'un homme amoureux de la nature et prêt à défier les conventions sociales, prêt à lutter de toutes ses forces pour vivre en symbiose avec la nature, même s'il n'est pas Indien et que la menace guette sans cesse, sachant qu'il n'est pas le bienvenu et qu'on veut sa peau.
Le scénario brillant ne faiblit pas une seconde : aucun moment d'ennui dans une histoire portée par la passion pour la nature. Jeremiah rencontre un chasseur de grizzlis qui paraît bizarre, une femme qui est devenue folle après qu'on ait massacré sa famille ; il apprend à survivre, devient presque un homme sauvage. Les scènes d'action qui ont pour sujet des attaques indiennes viennent rythmer le film, mais représentent les indiens d'une façon un peu trop caricaturale. L'humour n'y est pas absent : lorsque Jeremiah se voit attribuer une femme indienne, leur relation formée de malaise au début évolue vers une certaine tendresse. Il a recueilli un jeune garçon traumatisé qui ne parle plus après la mort de ses parents. Ensemble, ils forment une joyeuse famille qui étrangement, fait penser à la réalisation du rêve américain, inversé. Ces beaux moments d'émotion sont brisés par des morts, blessures et attaques dont seul Jeremiah semble sortir.
La scène de la traversée du cimetière indien se classe dans les scènes d'anthologie.
L'interprétation remarquable de Robert Redford laisse bouche bée, tout aussi sexy perdu dans la montagne qu'il le serait avec sa blondeur et son sourire mutin à Beverly Hills. Il a tourné sept fois avec Syndney Pollack et reste très convaincant en reprenant le rôle d'un vrai trappeur, John Johnson. Il nous présente son personnage comme un homme qui loin d'être sauvage est devenu plus humain au contact de la nature, plus prêt à aider son prochain et s'ouvrir aux différences. Au péril constant de sa vie. Vivre quand les indiens veulent votre peau demande une attention de chaque instant, c'est ce que Redford sait exprimer.
Les superbes paysages donnent envie d'aller aussi se fondre dans la nature, comme c'était le cas avec le plus récent "Into the wild". En tant que film sur la nature, il est mystérieux et passionné ; en tant que western, plein d'action, de courage et de violence.
L'on peut reprocher à ce film d'être un peu trop mystérieux, car on ne comprend jamais vraiment les motivations de Jeremiah Johnson, qui était-il et pourquoi voulait-il absolument vivre là ? De plus, on y représente les indiens qui veulent à tout prix massacrer, ce qui finit par devenir incompréhensible, il aurait été possible de nuancer un peu plus leur comportement et d'expliquer ce qui était si important à propos du cimetière et le fait de le traverser. La dernière image laisse sur sa faim mais propose une sorte de paix entre l'indien et l'homme blanc, qui laisse rêveur... Plus qu'un western plein d'action, "Jeremiah Johnson" est aussi une méditation poétique qui donne de l'espoir et célèbre la liberté et surtout le courage de survivre.