"Little New York (Staten island)", une tentative de film noir
Premier film de DeMonaco, un scénariste chevronné, "Little New York" est une réalisation qui tente de s'écarter du film noir en proposant une vision plus originale. Il est bien découpé, et sa construction particulière le rend intéressant : en trois parties, on raconte la vie de trois personnages bien différents qui évoluent dans Staten island, une sorte de "faux New York" qu'on oublie souvent, à l'écart, vivant dans l'ombre, un district qui est pourtant l'endroit de prédilection de la Mafia qui aime y enterrer ses cadavres dans les grandes forêts.
Malgré le rythme parfait, "Little New York" ne parvient pas à insuffler de la vie et de l'émotion, sauf à de rares instants, et s'avère être une tentative plus ou moins réussie pour parler de sujets ambitieux avec un résultat assez terne. Il ne nous fait découvrir ni le milieu mafieux en n'ayant pas une once de l'âme d'"Il était une fois en Amérique" ni Staten island en tant que telle, deux sujets qui auraient pourtant mérité un traitement plus en profondeur. En filmant les gangsters d'une façon exagérée à outrance, le film n'apporte rien de nouveau, on les a déjà vus ces cadavres pris en pleine action, morts dans la rue d'une façon choquante et filmés de haut.
L'interprétation ne laisse toutefois pas à désirer avec un Seymour Cassel parfait, en pleine forme, qui joue un sourd travaillant dans une boucherie, obligé de découper les cadavres et jouant à parier chaque soir sur des courses de chevaux. Ethan Hawke, que l'on n'a pas vu depuis un certain temps, offre une prestation convaincante avec cet homme qui vide les fosses septiques et qui souhaite que son enfant soit plus brillant que lui - il est même prêt à voler la mafia pour réaliser son rêve. Ces quelques points d'originalité intéressants soulèvent le film mais ne réussissent pas à lui donner un vrai grand souffle d'inspiration. "Little New York" ressemble donc à un Tarantino des années 1990, en moins ambitieux et patiné. Les personnages restent dans l'ensemble un peu pâlots, même ce mafieux (ordinaire) qui du haut de son arbre, sauve une forêt qui devient un parc.
Le style bougé des films d'action se heurte aux ralentis poétiques introspectifs, ce qui nuit à la cohérence du film, une sorte de pot-pourri pour rassembler toutes sortes de thèmes qui ont peu en commun. On veut rapprocher les trois personnages mais la fin semble un peu forcée, surtout qu'on a essayé d'en faire un vague happy end.
Au final, un polar très noir qui déçoit quelque peu mais arrive à bien cerner ses personnages par les gros plans de leur intimité, ce qui laisse assez satisfait et peut tenter les amateurs du genre.