"Le sorgho rouge" (1987), une oeuvre sublime de Zhang Yimou - Film dans la collection de Kamel, mon ami de Lyon
- Titre : Le Sorgho rouge (1987)
- Titre original : Hong gao liang (chinois : 红高粱 ; chinois traditionnel : 紅高梁 ; pinyin : Hóng Gāoliáng)
- Réalisation : Zhang Yimou
- Scénario : Chen Jianyu et Mo Yan
- Pays d'origine : République populaire de Chine
- Genre : Drame, Film de guerre
- Durée : 91 minutes
Synopsis :
L'histoire se passe pendant la seconde guerre sino-japonaise à la fin des années 1930, dans un village au nord-est de la Chine. Une jeune femme hérite à la mort du vieux mari à qui son père l'avait vendu d'une propriété qui cultive le sorgho et où on prépare le vin de sorgho. Face aux envahisseurs qui détruisent ses récoltes, elle organise la résistance.
Critique :
La première oeuvre de Zhang Yimou, "Le sorgho rouge" (1987) surprend par son caractère joyeux et dramatique tout à la fois, ce que l'on peut aussi retrouver quelques années plus tard dans "Vivre !" (1994). Baignée d'une lumière rouge, l'histoire finit par ressembler à un véritable conte plein de vie, avec des images magnifiques.
Le film nous plonge dans le passé troublé de cultivateurs de sorgho pris dans les remous de la guerre sino-japonaise. Le narrateur, petit-fils des personnages en question, ne se laisse jamais voir, et le propos n'est pas assez précis, on ne réussit jamais à savoir de quelle guerre il s'agit, quelques zones d'ombres de ce film par ailleurs en tous points parfait.
Le scénario intelligent permet de vivre à côté des personnages. L'interprétation reste remarquable, et comme personnage principal, on retrouve la grand-mère, nulle autre que Gong Li, toujours aussi convaincante. Elle devient ainsi la "patronne" que l'on appelle "Neuvième", qui sait se rendre sympathique aux yeux des hommes qui travaillent pour elle. Tout comme dans "Vivre !", elle campe une femme forte en toute subtilité, livrant avec modestie une des facettes importantes du caractère chinois, réservé à l'extérieur et qui pourtant cache des passions intérieures.
Toutefois, l'on pourrait alléguer que l'image de la femme présentée n'est pas des plus valorisantes, surtout quand elle affirme : "je suis une femme, je dépends de votre aide à tous". Le grand-père et le fils complètent le tableau charmant d'une famille de cultivateurs liés par l'amour et le goût du travail bien fait. La galerie de personnages secondaires, les hommes qui cultivent avec eux le sorgho, ressemblant étrangement aux sept nains autour de Blanche-Neige, presque en adoration devant elle. L'Arhat, un personnage sage qui était l'organisateur, constitue un autre personnage de caractère.
La superbe mise en scène, avec la lumière rouge dominante d'un bout à l'autre du film fait presque croire à un monde qui serait tout rouge, où la passion domine : le vin que l'on verse en abondance, même en le renversant, prend ici toute son importance. C'est le vin obtenu avec le sorgho qui donne du courage et permet de s'opposer à l'ennemi. Le rythme assez lent du film convient bien à l'évocation de l'histoire familiale passée, il nous berce lentement, un peu comme dans "Indochine", et permet de voyager dans cette contrée bien lointaine. Pas si lointaine puisque le film rappelle "Une grande année" (2007), qui se déroulait en Provence. Mais de véritables moments de tension dramatique surprennent et viennent ajouter du piquant à l'intrigue quand le scénario aborde un virage ; c'est la fin de cette existence paisible à cultiver le sorgho.
Quelques scènes marquent la mémoire, entre autres les scènes révoltantes où des animaux et humains sont écorchés, et d'autres s'avèrent superbes et poignantes, comme une scène de fusillade où l'on voit la victime qui tombe, puis un autre personnage qui court, de façon alternée, avec toujours cette lumière rouge envahissante. La scène finale laisse rêveur, en contemplant les champs de sorgho.
Peu importe de vivre longtemps, peut-on se dire en voyant ce film plein de saveurs, l'important est d'avoir vécu intensément et avec passion, comme en buvant un verre de sorgho rouge...