On the road : "La ballade de Nayarama", superbe film sur un sujet grave : perdre la vie, mais pas perdre la face

Publié le par Josée - Vampirella Orasul

 Beau et triste, "La ballade de Nayarama", Palme d'Or à Cannes en 1983, est un film qui nous convie à un voyage mais surtout un "Dernier Voyage". Le film tire son inspiration d'une légende paysanne dont Shichirô Kazawa a fait une nouvelle. Son érotisme simple, près de la nature, nous enseigne une vision du réalisateur Imamura, qui pensait que la force venait d'en bas, du peuple, et aussi du bas du corps humain. L'amour de la nature et la croyance en un Dieu guident la vie des paysans de ce village du XIXème siècle. L'on croit à tort que le film se déroule au Moyen âge car ils vivent selon des superstitions, craintes et croyances strictes et venues de temps reculés. La peur la plus grande était le déshonneur : il fallait affronter la mort avec calme, le plus grand honneur sur terre.

La violence, la brutalité des moeurs se font très présents au coeur de la beauté et constituent un des points remarquables du film ; les métaphores répétitives d'animaux prédateurs qui en mangent d'autres parlent de la cruauté de la nature et rythment la narration. Le réalisateur filme le grand, les divinités, ce que l'on ne voit pas, et s'attarde aussi au petit, il filme tout à la fois le visible et l'invisible, cela fait la grandeur de cette ballade. En dressant un portrait de la dure vie quotidienne des paysans, il souligne la pauvreté, la difficulté de survivre pour une famille nombreuse ; on y voit le cycle de la vie : certains doivent partir pour laisser la vie à d'autres, comme le personnage principal, une femme sympathique nommée Orin, qui a atteint l'âge honorable de 69 ans et qui doit s'éloigner dans la montagne pour mourir.

A chaque 25 ans, la même histoire recommence, le fils va porter son parent mourant dans la montagne. Une image choquante au début du film montre un bébé que l'on a jeté dans une rivière, il fait partie de ceux que l'on appelle les "souriceaux", ceux dont on doit se débarrasser, parce qu'ils sont des bouches à nourrir en plus. Seuls les fils aînés ont le droit de se marier, ce qui entraîne des frustrations et déséquilibres parfois rigolos. Les filles en trop sont vendues. Le crime le plus terrible semble être de voler de la nourriture ; une famille est mise à mort lors d'une scène très violente où on les enterre vivants parce qu'ils ont volé la nourriture. Et pourtant, l'un des membres de cette famille est une jeune femme enceinte qui est aimée d'un des fils d'Orin. Mais l'instinct de survie est le plus fort. Pour cette raison, Orin accepte sa situation et décide de libérer une place, même si elle est encore active et utile à sa famille.

Dans tout le film résonnent des accents morbides, la tristesse le parcourt de part en part, surtout lors de la dernière scène du fils qui va porter sa mère en haut de la montagne. Les images de squelettes sont très crues : Orin, encore vivante, est déjà passée de l'autre côté, elle vient d'entrer dans le royaume de la Mort. Pourtant, elle accepte son destin avec calme, c'est ce que l'on appelle le fatalisme serein, un principe de la philosophie bouddhiste. Les lois des divinités sont très dures, mais les dernières images achèvent de nous remplir de beauté : la neige qui tombe sur la montagne devient un signe. La vieille femme pas si vieille a sauvegardé son honneur, elle est partie avec sérénité, à l'inverse d'un autre vieillard que l'on portait en même temps, qui n'a pas voulu se détacher de son fils, a crié et s'est agité : le fils a été obligé de le jeter et il est tombé dans le ravin, alors qu'Orin prie et se voit recouverte de neige, elle a l'espoir d'un salut prochain.

Ce film très chargé laisse le coeur lourd mais permet de croire à une certaine magie malgré un réalisme dur. Imamura transmet son opinion sur le Japon d'avant la guerre, qui était plus fort lorsque les gens vivaient selon des préceptes simples, plus fort que dans la socité d'abondance actuelle : il dit que cette société est une illusion. Il reste à croire que ce que l'on voit dans "La ballade de Nayarama" est la vraie vie, dans tout ce qu'elle a de beau et de cruel. On préfère alors peut-être l'illusion, sauf si l'on a le courage de mourir sereinement dans la montagne enneigée. Cela fait rêver...

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Publié dans Critiques de films

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