"Key Largo", un excellent film noir au milieu de la tempête, avec le duo Bacall/Bogart

Publié le par Josée - Vampirella Orasul

 "Key Largo", classique du film noir américain, offre une interprétation de classe avec un casting plus que parfait, entre autres, le duo Bacall/Bogart qui fonctionne à merveille, chaque acteur étant élégant, intense et au meilleur de sa forme. Il s'agit de la quatrième et dernière fois que les acteurs sont réunis à l'écran, après leur performance mémorable dans "Le port de l'angoisse", par exemple.

Le film, inspiré d'une pièce de Maxwell Anderson dont on reconnaît la maîtrise magistrale de la mise en scène marque aussi la quatrième collaboration de celui-ci avec Bogart, leur collaboration la plus aboutie étant sans doute "Le faucon maltais". L'ambiance d'été pesant, où tout se passe lentement ou pas du tout, est bien retransmise : "Key Largo" est un récit étouffant se déroulant dans un hôtel vétuste tout à fait réaliste et convaincant. L'angoisse et le mystère de cette île isolée, Key Largo, le terrain propice à l'épanouissement des caractères désespérés, en fait le lieu parfait pour filmer un vrai film noir à souhait.  La scène où ils boivent accoudés au bar reste marquante : tous ces personnages semblent être arrivés au bout de la vie, après avoir tout vécu. Et pourtant, tout cela contraste avec les scènes d'action enlevée où les événements se déroulent à la vitesse de l'éclair, parce qu'il ne faut jamais se fier à l'eau qui dort : les malfaiteurs, occupés par leur opération de livraison de fausse monnaie, veulent obliger Frank à piloter leur bateau pour les aider à s'enfuir s'enfuir pendant la tempête. L'homme gentil prouve alors qu'il a des ressources insoupçonnées et ose braver tous les dangers...

Tous les personnages semblent en quelque sorte à bout de souffle : surtout le grand-père obèse, avec son sentiment de culpabilité lancinant, l'ex-chanteuse vieillissante et alcoolique, prête à tout pour un verre d'alcool (Claire Trevor, Oscar pour le meilleur second rôle), et Frank, cet ancien officier, homme perdu que joue Bogart, qui n'a ni adresse, ni famille, mais qui pourtant tombe amoureux de Nora, cette jeune femme veuve que joue Bacall, la seule épargnée par les coups du sort, la seule qui est encore pleine d'espoir malgré tout, et joue le rôle de chandelle qui éclaire tout dans le noir. Bacall est tout de même un peu sous-employée : on l'a vue dans de meilleurs rôles où elle pouvait exprimer toute la mesure de son talent.

Le scénario tendu ne faiblit pas une seconde : intelligemment menée, l'intrigue comporte des moments de tension dramatique, où la vie semble ne plus tenir qu'à un fil, et le point central du film reste cette tempête impressionnante, un ouragan dévastateur venu d'une séquence vidéo récupérée d'un autre film "Night unto night", qui se marie très bien avec l'ensemble pour le rendre encore plus sombre. Cet ouragan rappelle celui qui s'est abattu sur l'archipel des Keys en 1935, un des pires aux Etats-Unis.

Le milieu des gangsters est ainsi vu de façon poétique, comme s'ils regrettaient ou voulaient se rachetés, immobilisés par l'ambiance pesante des lieux. L'opposition des caractères masculins et féminins devient de plus en plus évidente, par exemple le gangster et Frank, et entre Claire et Nora, chacun représentant le mal et le bien qui s'opposent, ou peut-être de façon plus subtile, le désespoir et l'espoir, l'avenir.

Il est intéressant de remarquer que l'homme en charge de l'image n'est nul autre que Karl Freund, un spécialiste du cinéma muet, qui était responsable de la photographie de "Metropolis" de Fritz Lang et de "Dracula" de Tod Browning, ce qui ajoute encore de la subtilité et de l'expressivité au film.

"Key Largo" se distingue des autres films noirs en étant plus profond, car il propose une plus grande analyse des personnages, qui prennent ainsi une dimension plus humaine, même les gansters. Huis clos nerveux et perspicace, "Key Largo" reste un phare dans la nuit du film noir, aussi intense et plus sombre que "Chinatown".

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Publié dans Critiques de films

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