"Partir", drame d'amour qui vire au crime, histoire classique soutenue par une interprétation solide

Publié le par Josée - Vampirella Orasul

 Catherine Corsini, dont l'oeuvre précédente "Les ambitieux" (2007), mettait en scène une autre grande actrice du cinéma français, Karine Viard, poursuit dans la même lignée des personnages modernes cherchant le bonheur, avec une histoire très simple et très classique. Dans "Partir", dont les beaux paysages du sud s'accordent parfaitement avec l'été et dont le titre passe bien avec le mois d'août, elle dresse le portrait de l'une de ces femmes modernes qui sont prêtes à tout pour trouver le bonheur, autant professionnel qu'amoureux.

Son film débute comme une sorte de comédie romantique, du moins est-ce que l'on attend, pour se terminer en sorte de drame policier, pour en revenir ensuite au happy end cher à la comédie à la française, où l'amour, la joie de vivre et le bonheur sont enfin retrouvés. Kristin Scott Thomas, qui se fait de plus en plus classer dans la catégorie actrices françaises importantes, fait encore une fois voir quelle actrice éclatante elle est. On a pu la voir en bourgeoise coincée dans "Un mariage de rêve", mais elle revient ici en montrant qu'elle peut jouer tout à la fois une femme qui a tout et une femme qui n'a plus rien. Cette femme dans la quarantaine s'ennuie dans son mariage avec un homme banal en apparence (Yvan Attal) et elle essaie de reprendre son métier qu'elle avait délaissé : entre tradition et modernisme, elle se cherche, et c'est à ce moment qu'Ivan (Sergi Lopez) un homme simple, fougueux, passionné, entre dans sa vie, et l'invite à partir à l'aventure.

La réalisatrice a voulu rappeler ces héroïnes classiques de la littérature, comme Anna Karénine et Madame Bovary, et elle a retransposé l'intrigue dans le monde moderne. Pour son héroïne sans concession, il est nécessaire d'aller jusqu'au crime pour pouvoir aimer. Même si l'histoire ne surprend pas puisqu'elle est tout à fait classique, la descente aux enfers de Suzanne nous interpelle, elle pourrait être celle de n'importe quelle femme. Filmée sous nos yeux, cette spirale descendante nous place au coeur de l'action.

Les scènes intimes sont filmées de façon intelligente, sans en montrer trop, ou pas assez. La beauté des paysages et la stabilité de cette vie contrastent avec le caractère odieux du mari, très sombre, acceptant mal que sa femme soit amoureuse d'un autre. Dominateur et possessif, il reprend le caractère du barbon de Molière, et nous permet d'éprouver plus de sympathie pour Suzanne. La tension et le malaise se font sentir d'un bout à l'autre de ce film lorsqu'on nous raconte un drame familial, Suzanne a perdu 20 ans de sa vie, semble-t-il.

La directrice de la photo, Agnès Godart, fait de ce film une oeuvre résolument féminine, toute en douceur. Mais la mise en scène trop classique n'évite cependant pas les clichés plombants, les moments de violence, de répression et de punition entre Suzanne, obligée de revenir chez elle après s'être enfuie avec Ivan, et son mari, implacable.

"Partir" est un drame simple et modeste, qui se contente d'une seule intrigue, comme on le voit plus rarement au cinéma actuel où la surenchère des effets spéciaux et la multiplication des intrigues dans tous les sens sont de mise. Le désordre, le chaos des émotions et les scènes pathétiques (ils vendent une montre à la station-service pour avoir de l'argent, elle fait passer des annonces de recherche d'emploi) sont au coeur du récit, où la lutte devient de plus en plus évidente : il s'agit d'avoir de l'argent, un confort matériel, pour vivre une histoire d'amour et être heureux.

Malgré l'intrigue qui n'apporte presque rien de nouveau, le duo Scott-Corsini propose une version personnelle du drame de Madame Bovary, si elle avait été Anglaise ayant marié un Français au caractère très noir. Un film dur sur les sacrifices qu'il faut faire pour trouver le bonheur en amour. Comme Suzanne, on veut dire qu'on le fera, coûte que coûte. Un drame sensuel et poignant à la poésie lente et sobre...

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Publié dans Critiques de films

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A
J'ai mon billet pour une séance dans 20 minutes! lol
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