"Demain dès l'aube", un film très masculin au sujet insolite, parle de la confusion dangereuse entre rêves/réalité

Publié le par Josée - Vampirella Orasul


 En sélection officielle dans la catégorie Un certain regard à Cannes, "Demain dès l'aube" de Denis Dercourt ("La tourneuse de pages", 2006), est une oeuvre sérieuse qui ose aborder une problématique originale, celle des gens qui vivent chaque week-end dans des jeux de reconstitutions historiques bien réelles. Ce film très "masculin", tant par ses thèmes que ses personnages, permet d'explorer des terrains méconnus, dans un univers à part. L'alternance intéressante du passé, avec son ambiance baroque et napoléonienne, et du présent est très réussie et convaincante...

Le film bifurque tout naturellement des reconstitutions historiques jusqu'au présent et nous fait croire que le passé n'est pas si loin, comme si les gens qui y vivaient pouvaient ressembler à ceux d'aujourd'hui : ce n'est qu'une question de costumes, de décors et... d'année de naissance. L'intrigue fascinante, qui place au coeur la peur de la mort, parle du danger des rêves prenant le pas sur la réalité, et englobant toute la vie. Cela est un danger pour tous les rêves, mais en particulier quand il s'agit de la période napoléonienne et qu'on joue avec de vraies armes !

De plus, le film semble faire revivre le passé dont parle la littérature : le titre est tiré d'une citation de Victor Hugo, il écrit dans "Les contemplations" : "Demain dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, je partirai". Cette même attirance morbide d'un individu au bord du gouffre est reproduite dans le film de Dercourt où ce sont de vrais hommes qui jouent aux petits soldats. Ainsi, les deux frères fuient la réalité et leur mère mourante pour s'engouffrer dans cet univers sombre et glamour à la fois.

Toutefois, la mise en scène un peu trop plate ne réussit pas vraiment à entraîner le spectateur derrière Mathieu et Paul, les deux frères qui participent aux week-ends historiques : il aurait fallu que le rythme trop lent soit accéléré, puis ralenti, pour bien permettre de saisir le dérapage de la réalité jusqu'à la fantaisie la plus dangereuse, où il faut venger son honneur avec de vraies balles. En gardant le même ton dans tout le film, le réalisateur nous laisse penser que la dernière arme n'est pas chargée et que tout cela n'est qu'un rêve... Les nombreux temps morts sont cependant supportés avec patience lorsqu'on est fasciné par toutes ces petites choses du passé, les armes complexes, les costumes sérieux de soldats, les grades, les rapports entre tous les participants, la hiérarchie... Le passé revient parfois à la vie, lorsque Mathieu se fait surprendre par son supérieur dans le camp la nuit, et qu'il doit vraiment se battre, comme s'il était coupable d'une faute grave devant cet officier qui se prend au sérieux et en impose.

Excellente interprétation de la part de Jérémie Renier qui semble tout aussi à l'aise dans le passé que dans le présent ; on le comprend presque de vivre dans ce passé plein d'aventures quand on voit son présent. Il est aussi passionné par son univers de rôliste qu'un joueur de jeux vidéo accro. Adulescent, il ne se détache pas de sa mère et a de la difficulté à établir une relation amoureuse. L'interprétation trop appuyée de Vincent Pérez vire tout de même à la rigidité psychologique lors de moments lourds où il en fait un peu trop, il est difficile de croire à ce personnage de frère si austère, parfait et rationnel. Il est tout de même intéressant de le revoir dans ce genre de rôles pour lesquels il semble né, tout comme dans "Cyrano de Bergerac", 20 ans plus tard : la boucle est bouclée.

La scène du dîner avec les soldats et des femmes du monde, bien coifées et habillées, est parfaite, et ajoute enfin une touche de féminité à l'ensemble qui en manque ; il y a la mère mourante et hospitalisée et les femmes des jeux de rôle, mais sinon, aucun personnage féminin marquant. Anne Marivin, qui joue Jeanne, la femme de Mathieu, est sous-employé dans un rôle qui ne lui convient pas, elle que l'on imagine toujours gaie et dynamique.

Renier ressemble bizarrement à Guillaume Depardieu, dans "Ne touchez pas la hache": un homme un peu enfant, blessé, mais tout de même très viril et volontaire, différent des autres. "Demain dès l'aube", malgré certains aspects un peu ternes, attire par son côté étrange et son ton poétique, ses belles scènes de duel à l'aube dans la campagne française redevenue romantique, ses interrogations profondes... La fin brutale, qui laisse plein de questions en suspens, fait réfléchir aux dangers de traverser la frontière entre rêve et réalité, ces deux univers étant souvent si proches et similaires... Dans un univers ou l'autre, nous serions probablement toujours les mêmes à quelque part...

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Publié dans Critiques de films

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A
Celui-là aussi il faut absolument que j'aille le voir (je compte même pas le nombre de films pour lesquels je dis ça tous les ans)...lol
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